L'atelier de photographie de Feuillen Licot

Enquête et découverte de l'emplacement de son atelier, construit à Nivelles par son fils Charles

Une estampe représentant un atelier de photographie relativement imposant a été réalisée par son fils Charles, architecte. Le musée de Nivelles en détient une copie. Effectivement, la légende indique Maison avec atelier de photographie construite à Nivelles.

 

Longtemps, d'éminents chercheurs nivellois se sont penchés sur la question de savoir si cette demeure avait réellement été construite ou si elle n'était restée qu'à l'état de projet. Je connaissais ce document depuis plusieurs années. je n'avais jamais approfondi les recherches, pensant que ces spécialistes devaient avoir raison en ce sens qu'il ne me semblait pas avoir vu cette imposante bâtisse à Nivelles. Cependant, j'avais en doute. Le mot "construite" apparaissant dans la légende me fit penser que cette maison existait réellement à Nivelles, voire avait existé. Sans tarder, je me mis à sa recherche en flânant dans les rues de Nivelles. Nous étions en 2001. La tâche ne s'avéra pas très aisée. Je me posai plusieurs questions : cette maison, qui aurait été construite vers 1875, existe-t-elle encore ? Si non, pourquoi un si joli bâtiment aurait été abattu ? Si oui, a-t-elle été modifiée ? Dans quel quartier de Nivelles puis-je rencontrer de genre de bâtiment ?

 

Première chose à faire : examiner l'estampe en détail. On reconnaît la particularité du pignon surmonté d'une boule, spécifique à certaines constructions qu'a érigées Charles Licot à Nivelles. La verrière, à gauche, au premier étage, devait servir à éclairer les personnages à la lumière du jour. Astucieux. Un oeil-de-bœuf particulier surmonte l'entrée. Intéressant.

 

Un examen minutieux, à la loupe, des photos de Nivelles du début des années 1900 ne m'apporta aucun renseignement. Il ne me restait plus qu'à déambuler dans les rues nivelloises à la quête d'éventuels indices qui eurent pu me mettre sur la voie. En vain...

 

Je commençais à douter. Les spécialistes avaient-ils raison ? Cet atelier n'aurait-il jamais été construit ? Quand tout à coup...

 

Un jour, en consultant les quelques rares photos qu'Octave Sanspoux a prises de son balcon vers  1950, situé au coin de la rue de Namur et du boulevard Fleur de Lys, et représentant les maisons du même boulevard, en enfilade vers le faubourg de Bruxelles, mon regard fut attiré par les deux bâtiments abattus vers 1970 pour faire place au grand magasin "Gro", devenu "Match". Je savais que l'ancienne clinique Hamblenne était située à cet endroit. Beaucoup de Nivellois(es) y sont nés. J'ignorais cependant qu'une deuxième maison avait été abattue. Je regardai donc d'un peu plus près pour savoir à quoi ressemblaient ces deux bâtiments. Tout à coup, à côté de la clinique Hamblenne, je vis une maison avec un pignon surmonté d'une boule. Un œil de bœuf semblait surmonter la porte d'entrée. Mon sang ne fit qu'un tour. Et si cette maison était bien l'atelier de Feuillen Licot qui aurait été abattue, raison pour laquelle je n'en aurais pas trouvé trace à Nivelles ?    

 

Cette photo me mo,trait la demeure en perspective et non de face, ce qui compliquait, dans un premier temps, l'observation. Après une étude attentive et une comparaison avec l'estampe de Charles Licot, je m'aperçus que tout concordait, à part la verrière qui n'existait pas. Elle avait probalement été remplacée par une fenêtre. J'eus très vite la conviction que je venais de découvrir, enfin, l'atelier de Feuillen Licot, premier photographe nivellois. 

Cette photo d'Octave Sanspoux, réalisée dans les années 50, m'a permis d'identifier l'atelier de photographie de Feuillen Licot, premier photographe nivellois.

La comparaison de l'estampe avec la photo de la maison, prise dans les années 50, m'a permis d'avoir la conviction qu'il s'agissait bien de l'atelier de photographie de Feuillen Licot, construit vers 1875.

Un petit détail m'inquiètait pourtant : le passage latéral représenté sur le dessin du XIXe siècle semblait avoir disparu, et la clinique Hamblenne paraissait être accolée à la construction voisine. Une enquête rapide me permis de localiser Mme Dupuis qui fut probablement la dernière à avoir habité cette maison dans les années 70. Elle me confirma que le passage latéral donnant accès au jardin existait bel et bien. L'angle de prise de vue de la photo donnait l'illusion que ce passage n'existait pas. Ma conviction fut renforcée encore lorsque Mme Dupuis me décrivit la disposition des pièces du rez-de-chaussée : quasiment la même que celle reprise sur la légende du XIXe siècle. Cette fois, plus aucun doute ne subsista ! J'avais découvert l'atelier de notre premier photographe installé à demeure à Nivelles.

 

Pour obtenir une toute dernière confirmation, il ne me restait plus qu'à remonter jusqu'au premier propriétaire de cette maison à travers les actes notariés existant. Comme par enchantement, je ne fus pas surpris, cette fois, de découvrir le nom de... Feuillen Licot !

 

Octave Sanspoux ne s'était pas rendu compte, lorsqu'il appuya sur le déclencheur, que sa photo se révélerait, des années plus tard, d'une importance capitale pour l'histoire de la ville de Nivelles.